L’œuvre vitale



Il dessine et peint

Comme on respire


Dans l’inspire et dans l’expire


A l’inspire son corps tous sens confondus  reçois

C’est le temps de l’absorption

Celle de l’autre en vis-à-vis : le modèle


Puis, dans l’instant, soudain  la main s’active

L’immédiateté prime

Le geste précis, nerveux, crache une ligne, pose une forme, glisse une surface

Il cherche le juste

Ce qui fera émerger du vivant

Sur la toile

Comme une révélation.

Un miracle, toujours.


Ne pas trahir le modèle

Chercher l’essence d’une réalité, d’une présence

Incarner


Retenir dans l’expire

Ce qui deviendra l’absence,


La peinture et rien d’autre

La peinture comme lien

Comme rencontre


On est artiste à la condition que l’on sente comme un contenu, comme « la chose même » ce que tous les non artistes nomment «  forme » de ce fait on appartient à vrai dire à un monde renversé : car désormais tout contenu devient quelque chose de simplement formel- y compris notre vie.

F Nietzsche 1887




Sur G Beringer…………………………………………………… Mireille Cluzet* Septembre 2012


*Artiste, agrégée d’arts plastiques - Galerie du théâtre de Privas






Le peintre et/est son modèle


Ogni pittore dipinge sé   Tout peintre se peint lui-même

Attribué à Cosme de Médicis





Lorsqu’on feuillette les albums de la collection Devès réservés à l’œuvre de Gérard Beringer, on est immédiatement saisi par la présence et la récurrence d’un genre: le portrait


C’est certain, Gérard Beringer est un portraitiste.


De sa formation en école des beaux arts dans la fin des années soixante il a gardé la tradition  académique du rapport au modèle, qu’il soit vivant ou inanimé : étude d’après modèle vivant, nu,  plâtre, étude documentaire, usage du chevalet…

Gérard Beringer excelle dans ces pratiques, alors, il s’y installe  avec aisance et virtuosité, gourmand qu’il est, afin d’en explorer les espaces infinis.


GB est un peintre classique et il le revendique


Il a commencé par des autoportraits, tout d’abord dessinés puissamment, érotiquement parfois.

Une façon sans doute de révéler ce qui ne pouvait se dire :

La fulgurance d’une jeunesse libérée  nourrie de narcissisme et d’excès

Eros et Thanatos


L’autonomie absolue qu’offre l’autoportrait, ce «  être à soi »* accompagne le départ de sa  carrière  d’artiste.

Puis très vite avec les rencontres et les amitiés,  les modèles s’offrent au peintre.

Cette voie du portrait lui permet de poursuivre, de  construire et d’entretenir ses relations humaines.


Incarner

Fixer une perception


«Par la façade, la chose qui garde son secret s’expose enfermée dans son essence »

«Le visage d’autrui est sa manière de signifier » Emmanuel  Levinas


La force du portrait c’est qu’il n’a rapport qu’à lui même

Peindre l’autre, celui qui est devant soi, c’est le  saisir dans son absence


Chez GB le portrait se saisit dans sa dimension paradoxale

Hégélienne, d’un côté, car  dans le désir d’une traduction ou reproduction de la vie de l’esprit, vers le point d’équilibre entre intériorité et extériorité, entre similitude et idéalisation, cultivé

Et de l’autre, pulsionnelle, détachée de toutes conventions  esthétisantes – sauvage.


Il reste attaché à ce réalisme hérité des grecs, en témoignent les portraits du Fayoum qui sont pour lui une référence essentielle car ils conjuguent degré de réalisme et fonction symbolique et spirituelle, (celle de l’accompagnement du mort).



Gérard Béringer est un peintre de la tension

Séance après séance, couche par couche, strate après strate

La figure se construit

Chaque résultat est un palimpseste nourri de tous ses repentirs

Dont les signes restent visibles


Il peint dans la tradition à l’aide d’une technique picturale ancienne

Celle de l’A Tempéra-  ce procédé de  liant à l’œuf


La palette des couleurs est contrastée, l’intention coloriste

Le geste pictural est vif, précis, large, coupant, souvent

Sur la toile, la trace de son passage est indicielle 

La ligne et le cerne, ponctuent et tissent  la surface,

Il n’y a pas ou peu de glacis


Le tout s’unifie dans un croisement d’énergies qui naviguent en tension du graphique au pictural


Gerard Beringer à l’énergie des  expressionnistes…

Ceux de cette lignée des pays du nord, ceux de Die Brücke

Là où le froid nourrit les profondeurs de l’âme, mais aussi, selon les périodes

….des fauves parfois, puisant vers les éclats colorés de Die blaue reiter

L’aile maternelle, méditerranéenne, s’active, réchauffe et allège.


Là encore, se révèle un  jeu subtil de tensions  contradictoires, intensifié par la puissance érotique de l’intention, toujours là, tapie, plus ou moins lisible.

Ange et démon…

Ombre et lumière,


Gérard Beringer est un homme de contrastes



Car aux confins des questions qui animent actuellement le débat sur la peinture et sa survie

Beringer reste en marge de ces débats, indifférent aux modes et tendances de l’art contemporain

Hermétique aux formes conceptuelles et aux abstractions minimales.

Il sait néanmoins ce qu’est l’épreuve du faire, celle, nécessaire, de s’abstraire du monde et faire son travail dans une dimension monacale.



Les portraits de Gérard Beringer nous arrivent comme  une  leçon d’humanité.

Un rappel à  l’origine de la peinture, à la source de l’intention, celle de Zeuxis et de la mimésis

Quand on cherchait comment ne pas perdre, comment fixer la mémoire des choses.

Aux confins de l’Imago


«Qu'entend-on par image ? Dans le monde romain, l'imago désignait un portrait de l'ancêtre en cire, placé dans l'atrium et porté aux funérailles. Le droit d'images, réservé aux personnes nobles, leur permettait d'établir et de conserver leur lignage. Étymologiquement, l'image figure donc le portrait d'un mort….L'image est le langage commun de l'humanité. Elle apparaît sur les voûtes des grottes préhistoriques bien avant que l'homme songe à édifier des temples et des tombeaux. Des millénaires la séparent de l'écriture, projection abstraite de la pensée. L'image abolit le temps et l'espace. Elle est lecture instantanée et présence immédiate du monde. À travers elle l'homme se reconnaît ; pourtant sa richesse est ambiguë et son pouvoir d'aliénation extrême. L'image sert de vérité. Elle s'offre à tous et se refuse à chacun « Olivier Boulnois  philosophe médiévaliste Directeur d’études à l’École pratique des hautes études



Sur Gérard  Beringer…………………………………………………… Mireille Cluzet* Septembre 2012


*Artiste,  agrégée d’arts plastiques- - Galerie du théâtre de Privas


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