Epuiser le motif

2006-10

 

Notes  juillet 2007



 " Epuiser le  motif."



  Ce qu'il cache ou protège

 

Chaque tissu qui me sert de toile est choisi par une femme d'ailleurs,.

Puis interrogé par la peinture dans un format qui fait l'envergure d'un corps.

 

Sous cette peau

Il y a une vie à révéler.

Un surgissement

 

Dans les faits et gestes du peintre, c'est objectivement un corps à corps épuisant


Choisir

Choisir un tissu comme s’il  pouvait faire un vêtement

Des tissus choisis par des femmes, au gré de mes rencontres

Connues ou inconnues

Toujours venues d’ailleurs

Venues vivre en France

Terre d’accueil.


Recouvrir

Un tissu , ça couvre

Ca sert à couvrir un corps

Ca protège

Ca identifie

Enfin, parfois..

Sortons de l’uniforme

Etre Une


Exister



Un tissu c’est comme une maison

Ca s’habite

Ca s’aménage

Ca s’adapte aux formes et aux besoins


Motif

Quand on choisit un tissu, on choisit une matière, une texture, des couleurs, un motif, …

Le motif, vient là, sur la surface de la matière .

Image d’un monde fait de signes et symboles

Ou icône.

Comme un monde spécifique , le motif contient ses codes, ses formes, ses liens, ses couleurs, ses matières,

Son identité.

Un motif a son existence propre

Une intimité


Choisir le motif d’un tissu c’est comme choisir un petit monde

Le petit monde qu’on va habiter.

Et  faire sien


90 sur 180


C’est une surface, une envergure

Celle d’un corps ainsi entièrement recouvert, protégé, caché.


Disparaître


Quand le corps disparaît sous le tissu

Le motif prend ainsi le relais

Mais qu’y a t-il dans le motif ?


Ici

Les entrailles du motif sont à révéler.

C’est mon travail .


Dans le corps du motif, il y a une vie

Et dans une vie, toujours, des émotions, en forme de plaisir, de souffrance.

Les sensations qui les accompagnent se confondent parfois.

La lisière qui les sépare peut être ténue


La peinture « incarne » dit –on

Allons- y…


Ici

On va jusqu’au bout du possible avec lui

On épuise le motif

Alors

On transpire

On frémit

On frissonne

On s’irradie


C’est le sujet de la peinture


Complicité en forme de duo


Chaque  moment de marché a été réalisé en compagnie d’une ancienne élève qui a poursuivi son orientation  vers les arts plastiques.

Elle a une  place bien a elle dans le processus final, intégrée à la  présentation de chaque série.

Une façon de faire se conjuguer plusieurs histoires de vie.

Mémoires vives toujours en mouvement


1ere série au  Marché de Fombarlette, Juillet 2005 avec Marie


Se laisser porter par l’émotion des rencontres.

Elles sont là

Et ne sont pas

Elles sont loin,  encore un peu sur leur terre d’origine

Souvent lointaine mais qui les accompagne


Presque un fardeau


Etre ici et ailleurs

Et en fait,  être nulle part

Clandestines à leur propre histoire



Mireille Cluzet …………………………….. M* , juillet 2007, résidence de travail au Théâtre de Privas



Note d’intention


L’épuisement du motif (* cf note annexe)


Résidence dans la chapelle du couvent du Cheylard



Le travail que j’engage actuellement traite de la peinture et se construit en  forme de processus(* cf note annexe .Il obéit donc a une règle précise applicable à l’ensemble .Il s’organise autour de séries.

Il met en jeu pour chaque série : sept femmes issues de l’immigration, une complice ancienne élève engagée dans un parcours artistique et un lieu de résidence temporaire.


Chaque série est constituée de 7 chassis de 80x180 d’envergure


Chaque tissu tendu sur les châssis a été choisi librement par une femme lors d’un marché. (* cf note annexe)


La règle choisie implique qu’à un moment du travail je me pose en résidence dans un lieu, hors de mon atelier . ce lieu fait sens pour moi et influera sur le travail.


La précédente série a été finalisée dans la galerie du théâtre de privas.

C’est un espace neutre, anonyme qui m’est cher.


Pour cette deuxième série j’ai choisi la Chapelle du couvent du  Cheylard, désormais occupée par une Compagnie Janvier,  amie,  qui accepte gentiment de m’accueillir .


Ce lieu, radicalement différent du précédent,  est très chargé et porteur de symboles.

Il résonne  …

En effet, les femmes de cette deuxième série sont d’origine arméniennes , azerbadjiane, kurdes,

Elles sont majoritairement chrétiennes et vivent douloureusement les conséquences des  tensions ethno- religieuses entre cultures musulmanes et chrétiennes.


A l’inverse de la précédente série, je connais toutes ces femmes et les accompagne dans leur tentative de régularisation.


Estelle Marzal sera ma complice sur cette série. Elle est, elle-même, en relation professionnelle et d’amitié avec la Compagnie Janvier . Elle sera présente lors de notre collecte des tissus sur le marché.Elle interviendra de facon autonome au moment de la finalisation par une proposition artistique qui sera incluse lors de la présentation de la série .


Le temps de résidence qui m’est nécessaire est au minimum est de 5 jours .

Ce temps  s’effectuera plutôt en début de travail et si possible pendant la période des congés scolaires de la Toussaint , ou sur des « week end » .


Les 7 toiles seront travaillées simultanément dans cette relation au lieu .

Certains indices décelés lors d’une visite de repérages conditionneront certainement l’évolution du travail .


Fait le 14 septembre 2007 ………………………………………………………………. Mireille Cluzet





INTERVENTION AUTOUR DE L’ŒUVRE DE MIREILLE CLUZET

Marie WARD



Présentation du projet :



Dans le cadre de son projet artistique associant ces anciennes élèves, Mireille CLUZET m’a sollicité pour effectuer une action au marché de Fontbarlette, à Valence en 2005.

Au cours de cette action nous avons rencontré plusieurs femmes auxquelles nous avons proposé  de choisir un tissu et de laisser une trace écrite de leurs prénoms et leurs ages.

Ma participation à ce projet a donné lieu à un certain nombre de photographies qui seront réinvesties et interviendront autour de l’œuvre de Mireille Cluzet.




Ecrits complémentaires au projet :


Les quelques lignes qui suivent portent sur mon ressenti lors de l’action menée ainsi que sur le sens de mon intervention autour de l’œuvre de Mireille Cluzet.




« Pas de regards mais des mains qui se croisent aux cœurs des remouds de tissus, c’est une émotion confuse.  Pas de visage m’a dit Mireille, juste des fragments d’elles, des bouts de soi

Alors je m’efforce de ne plus voir, de jeter des coups d’œil photographiques le plus discrètement possible,  pour   ne pas froisser  la rencontre.

J’observe ces mains qui vont et viennent dans les tissus, chacune à leur tour  timidement comme si ces gestes quotidiens prenaient soudainement un sens nouveau, une importance inédite, insolite. De ce moment de rencontre je retiens surtout le souffle des étoffes, la lumière sur le carnet blanc.  »

Le  carnet blanc laisse place au néon, objet de transfert lumineux qui donne un corps à ces fragments d’elles. Ces impressions photographiques fragmentaires sont en attente de transfert, suspendues entre deux étapes,  entre deux supports, entre deux territoires.

Rassemblées elles  sont  à l’image   de ces bouts d’histoires,  qui cotent à cote, au fil des générations viennent écrire  une sorte d’ « étoffe de vie  ».